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L'Espéranto vient d'avoir 117 ans. Il a vu le jour, en effet, en juillet 1887 à Varsovie sous la forme d'une petite brochure de 28 pages, vendue 15 kopeks, qui, sous la signature d'un certain « Docteur Espéranto », donnait les 16 règles grammaticales de la « Internacia Lingvo » (Langue Internationale), les explications de l'auteur et, sur une feuille annexe, les 947 racines du vocabulaire de base avec les équivalences en russe, la brochure étant publiée dans cette langue. N'oublions pas que la Pologne faisait, à cette époque, partie de l'Empire russe. Esperanto (qui signifie dans cette nouvelle langue : celui qui espère) était le pseudonyme d'un jeune médecin ophtalmologiste de 28 ans, le Dr Lejzer Ludwik Zamenhof. Ce projet de langue internationale n'était pas le premier, ni d'ailleurs le dernier ! Depuis trois siècles, de nombreuses propositions avaient été faites, en particulier par Descartes, Comenius, Montesquieu, Leibnitz, Newton, Voltaire, Condorcet, d'Alembert, Ampère et tant d'autres. L'année même où paraissait la brochure du Dr Zamenhof, se tenait à Munich, le deuxième congrès des adeptes du Volapück, inventé par un prêtre allemand, Johann Martin Schleyer. Mais pour diverses raisons (et surtout sa complexité) cette langue disparut quelques années plus tard, alors que celle de Zamenhof eut un meilleur destin. Cette dernière, utilisée par une « diaspora » de locuteurs disseminée dans tous les continents, est devenue une véritable langue vivante, riche et nuancée, avec une littérature abondante et de qualité, malgré la relative brièveté d'un peu plus d'un siècle en cette matière.
On a qualifié l'Espéranto de « langue artificielle », ce n'est pas exact. L'Espéranto emprunte son lexique aux langues éthniques, néanmoins il conserve dans la dérivation et la flexion une régularité inégalée. L'acquisition du vocabulaire est accélérée par un système de préfixes et de suffixes qui permet de former les mots à partir d'un nombre restreint d'éléments invariables. Ces éléments invariables sont souvent puisés dans les langues européennes et, en particulier, dans les racines latines et grecques dont la science et la technique ont généralisé l'emploi.
Mais ce qui détermine le génie propre d'une langue, ce sont ses structures profondes (grammaire, règles de formation des mots...).
Par ces structures profondes, l'Espéranto est plus proche de nombreuses langues asiatiques ou africaines que des langues européennes. Combien de temps faut-il pour apprendre l'Espéranto ? On pose souvent cette question. Il faut répondre que, si l'Espéranto est dix fois plus facile que, par exemple, l'anglais, l'allemand ou le russe, c'est tout de même une langue à apprendre. Il faut le dire : même pour un usage courant, élémentaire de la langue, un certain effort est à fournir. On peut néanmoins dire, à titre indicatif, que six mois d'étude, à raison de quelques heures par semaine (au moins trois heures) sont nécessaires aux personnes d'instruction élémentaire moyenne (n'ayant appris aucune autre langue) pour arriver à employer couramment l'Espéranto, c'est-à-dire : comprendre un texte ordinaire écrit dans cette langue, écrire et parler au moyen de phrases relativement simples - ce à quoi visent la plupart des personnes qui apprennent une langue. Bref, l'usage normal. Ce résultat ne peut être acquis dans le même temps par aucune autre langue nationale. En revanche, l'étude supérieure de l'Espéranto, nécessaire aux traducteurs de haut niveau, aux linguistes, écrivains, philosophes, scientifiques, etc... est un peu plus compliqué. Malgré sa facilité pour l'usage courant, l'Espéranto n'est pas une langue inférieure, une langue « primaire », comme trop de personnes le croient, réservée aux « ignorants », incapables d'apprendre une « vraie langue ». Mais la plupart du temps, ces personnes qui dédaignent l'Espéranto, n'arrivent guère, après plusieurs années d'étude, qu'à « baragouiner » la langue qu'elles ont soi-disant apprise ... et qu'elles prétendent savoir !!! Cela n'implique pas évidemment que l'étude de l'Espéranto doive empêcher d'étudier d'autres langues. Bien au contraire, des expériences pédagogiques, faites en Grande Bretagne et en Suède, ont démontré que l'Espéranto constitue une excellente propédeutique à l'étude des langues. C'est pourquoi de nombreux espérantophones deviennent également des polyglottes avertis.
Est-il nécessaire, dans ces conditions, d'étudier l'Espéranto ?
L'Espéranto se développe lentement mais sûrement, malgré les embûches, les incompréhensions et le scepticisme. Mais, ce qu'il faut savoir, c'est qu'il n'est pas destiné à remplacer les autres langues, mais, comme l'indiquait la motion du 1er congrès de l'IARU [1] en 1925, a pu être un moyen de communication auxilaire, simple et surtout neutre et non hégémonique, apte à être utilisé lorsque le besoin s'en fait sentir. Il est à remarquer également que le GEPRAF [2] (tout comme l'ILERA [3]) est une organisation culturelle, sans attaches politiques, confessionnelles ou commerciales. L'équipe du GEPRAF.
[1] IARU : International amateur-radio union |